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À quelques mois d’une présidentielle cruciale, l’émotion affleure, les silences se fissurent, les fidélités sont mises à l’épreuve. Du coup, l’on se demande, dans le secret des consciences : jusqu’où peut-on aimer un homme, au point de taire l’avenir ?
Ils pensaient œuvrer pour le bien du parti. Ils pensaient, comme souvent dans les grandes familles politiques, qu’une parole sincère, même chuchotée, pouvait éclairer les zones d’ombre. Mais dans la maison PPA-CI, où le nom de Laurent Gbagbo résonne comme une vérité absolue, même les meilleures intentions peuvent devenir des fautes.
Kouakou Dapa Donacien et Ahilé Fernand viennent d’en faire les frais. Ces deux fidèles, engagés corps et âme dans le combat politique aux côtés de Gbagbo, ont été brutalement démis de leurs fonctions. En cause : leur soutien à Ahoua Don Mello, l’un des plus proches compagnons de route de l’ex-président, aujourd’hui vice-président du parti.
Le tort de Don Mello ? Avoir osé poser une question que beaucoup murmurent sans jamais la formuler : Et si Gbagbo ne pouvait pas être candidat ? Dans une note de réflexion, transmise en privé, presque avec tendresse, il propose un scénario d’urgence. Une manière, dit-il, de protéger l’héritage, pas de le trahir. Mais la note fuitera. Et dans le tumulte, la direction du parti se raidit.
« Aucun plan B n’est à l’ordre du jour », tranche le communiqué signé de Sébastien Dano Djédjé. « La seule et unique candidature, c’est celle du président Laurent Gbagbo. » La sentence est tombée. Elle est froide, implacable. À travers elle, c’est tout un système qui s’accroche, peut-être désespérément, à une figure tutélaire.
Pourtant, ceux qui sont sanctionnés ne sont pas des adversaires. Ce sont des compagnons. Des militants de la première heure. Des hommes qui n’ont jamais levé la voix contre leur chef. Ils ont cru, peut-être naïvement, que penser à l’après-Gbagbo, c’était encore faire preuve de loyauté.
Le camp Don Mello tente de clarifier. « Il ne s’agissait que d’un document de travail, transmis dans un cadre privé. Une note parmi tant d’autres, comme cela s’est toujours fait entre Laurent Gbagbo et son camarade de quarante ans », explique une mise au point du 16 juillet. Mais le mal est fait. Le geste est interprété comme un affront.
Et dans les rangs, le malaise grandit. Au fond, ce n’est pas la lettre qui fait trembler. C’est la peur, celle que plus personne n’ose affronter : celle d’un avenir sans le père fondateur. Les exclusions de Donacien et Fernand s’apparentent à un avertissement: Ici, on ne doute pas, on croit, coûte que coûte.
Loba Perez
