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La rue contre le silence : 237 voix « étouffées » à Abidjan

ByÉquipe LeJourPile

Oct 12, 2025

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A Abidjan, le samedi 11 octobre 2025, les sirènes ont déchiré le matin encore humide. À Cocody, des grappes de jeunes se sont dispersés sous le souffle des gaz lacrymogènes. D’autres levant les bras, crient leur colère avant d’être embarqués par les forces de l’ordre.
Le ministre de l’Intérieur, le général Vagondo Diomandé, dresse le bilan : 237 arrestations. « Nos forces ont agi avec professionnalisme », déclare-t-il, saluant leur “discipline régalienne”.

Mais dans les ruelles de Blockhaus et d’Angré, les habitants racontent une autre scène : celle d’une matinée sous tension, de portes claquées et de téléphones coupés. “Ils n’étaient pas armés, juste des pancartes et des chants”, murmure une femme, depuis sa fenêtre entrouverte.

Le Front commun PPA-CI / PDCI, coalition des principales forces de l’opposition, avait appelé à marcher pour dénoncer les conditions de la présidentielle du 25 octobre. Interdite une première fois le 4 octobre, la marche devait se tenir ce samedi. Mais un nouvel arrêté préfectoral, pris la veille, a ravivé la colère.

“C’est notre droit de marcher pour la démocratie, la justice et la paix”, affirmait la veille Habiba Touré, porte-parole du Front commun, appelant à un rassemblement à Saint-Jean de Cocody.

La réponse du pouvoir, elle, s’est faite par la matraque. Pendant que le ministre parle d’ordre public, les opposants évoquent “la peur d’un peuple bâillonné”.
À deux semaines de la présidentielle, la rue et le pouvoir se font face, chacun revendiquant la légitimité de sa cause. Entre gaz et discours, une question demeure : qui, demain, aura encore le courage de parler ?

LJP

Équipe LeJourPile