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Cinq jours pour effacer des années de tensions

Cinq jours, quatre pays, et un objectif : réparer une relation africaine profondément abîmée. Emmanuel Macron entame ce jeudi 17 novembre, à l’île Maurice, une tournée diplomatique intense qui le mènera en Afrique du Sud, au Gabon puis en Angola.
Paris présente ce voyage comme une tentative pour rompre avec les crispations, notamment au Sahel, où les populations comme les gouvernements ont rejeté la présence militaire française après une décennie de désillusions.

À l’Élysée, on parle d’une relation « renouvelée ». Mais derrière cette formule déjà entendue depuis le discours de Ouagadougou en 2017, se joue un enjeu bien plus crucial : réinventer la place de la France dans un continent où sa voix pèse de moins en moins.

Maurice : retisser un lien, faute d’avoir su le protéger

Première étape : Maurice.
Une visite rarissime — la dernière d’un président français remonte à Mitterrand, en 1993. Un signe que Paris revient sur un terrain qu’il avait lui-même laissé se refroidir.

Maurice affiche une croissance robuste, un environnement stable et des ambitions économiques affirmées. Autant d’éléments qui rappellent à la France qu’elle a laissé filer des opportunités, notamment après le revers diplomatique subi à Madagascar avec la chute d’Andry Rajoelina.
Face à cette recomposition de la région, Maurice apparaît comme un partenaire sûr dans un océan Indien devenu stratégique.

Afrique du Sud : mémoire, géopolitique et nécessité de se repositionner

À Pretoria et Johannesburg, Emmanuel Macron jouera une partition plus politique.
Une visite au mémorial de l’apartheid pour parler mémoire, mais aussi un G20 africain où se croisent tensions mondiales, financements essentiels et nouvelles rivalités de puissances.

L’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, n’a jamais vraiment été un allié naturel de Paris. Les relations restent irrégulières, parfois glaciales. Cette étape vise donc à réancrer la France auprès d’un acteur incontournable, influent à l’ONU, aux BRICS et au sein de l’Union africaine.

Gabon : soutenir la nouvelle ère politique et retrouver une influence perdue

À Libreville, la visite prend un ton hautement symbolique.
Après la chute d’Ali Bongo en 2023 et une transition de 19 mois, le général Brice Oligui Nguema a remporté l’élection d’avril dernier. Paris, prudent jusqu’ici, voit enfin un terrain stabilisé où il peut réaffirmer une présence économique et stratégique.

Le Gabon reste un partenaire historique. Mais les années Bongo avaient brouillé les cartes et fragilisé la confiance. Désormais, Paris mise sur un dirigeant présenté comme plus ouvert, dans un pays où il faudra réparer l’économie, diversifier au-delà du pétrole et restaurer une crédibilité internationale.

Les entreprises françaises comptent bien revenir dans le jeu.

Angola : l’Europe cherche un ancrage dans la bataille des influences

La tournée s’achève en Angola avec un sommet Union européenne – Union africaine dédié au programme Global Gateway, la réponse européenne aux stratégies chinoises et américaines en Afrique.

L’enjeu est stratégique :
➡️ 150 milliards d’euros annoncés
➡️ infrastructures, énergie, connectivité
➡️ compétitions géopolitiques de plus en plus vives

Le choix de Luanda n’est pas anodin : l’Angola s’impose comme un pivot régional attirant capitaux et alliances nouvelles. Pour Macron, c’est l’occasion de rappeler que l’Europe veut encore compter – si elle s’en donne les moyens.


Un continent en mouvement, une France en quête de place

Cette tournée intervient à un moment décisif :

les coups d’État se sont multipliés,

les influences étrangères se sont renforcées,

la perception de Paris est fragilisée, parfois hostile.

En se rendant à Maurice, Pretoria, Libreville et Luanda, Emmanuel Macron veut montrer que la France comprend la diversité du continent et accepte d’en finir avec une posture condescendante héritée du passé.

Reste à savoir si cette volonté suffira.
Car l’Afrique avance vite, change vite, et n’attend plus que Paris décide du tempo.

Cette tournée pourrait bien être le début d’un nouveau chapitre… ou la dernière chance de ne pas perdre définitivement le fil.

Ljp

Équipe LeJourPile