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Centre ivoirien de recherches économiques et sociales : le projet TIKA pour alléger le travail domestique des femmes rurales

ByÉquipe LeJourPile

Mar 13, 2026

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Le Centre ivoirien de recherches économiques et sociales (CIRES) a réuni, jeudi 12 mars 2026, des acteurs publics, privés et de la société civile afin de définir une stratégie de mise à l’échelle du projet TIKA, une innovation technologique destinée à réduire la pénibilité du travail domestique non rémunéré des femmes en milieu rural en Côte d’Ivoire.

Un projet pour alléger la charge domestique des femmes rurales

Les échanges se sont tenus lors d’un atelier consacré à la stratégie de déploiement du projet intitulé « Utilisation du four amélioré TIKA pour réduire la charge du travail domestique des femmes en milieu rural ivoirien ».

En Côte d’Ivoire, les femmes rurales consacrent en moyenne près de huit heures par jour aux soins non rémunérés, dont entre 4h30 et 5 heures dédiées à la préparation des repas. Face à cette réalité, le Centre ivoirien de recherches économiques et sociales a développé, avec l’appui financier du Centre de recherche pour le développement international (CRDI) du Canada, le projet TIKA, reposant sur l’utilisation d’un four amélioré.

Selon Ibrahim Diarra, directeur du CIRES et coordinateur du projet, cette initiative vise à réduire la charge de travail domestique des femmes, notamment dans les activités liées à la cuisson, en leur proposant une technologie plus performante et adaptée aux réalités rurales.

Un impact à la fois sanitaire, environnemental et économique

Au-delà de l’innovation technique, le four amélioré TIKA constitue un véritable outil d’autonomisation pour les femmes rurales.

Grâce à cet équipement, les utilisatrices peuvent économiser entre 30 minutes et deux heures par jour, un temps précieux qu’elles peuvent consacrer à d’autres activités.

« Ce temps libéré permet aux femmes de s’investir dans des activités génératrices de revenus », explique Ibrahim Diarra. Dans cette perspective, le projet accompagne également les bénéficiaires à travers des formations au sein d’associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) afin de renforcer leur autonomie économique.

Le projet répond également à des enjeux majeurs de santé publique et d’environnement. Les foyers améliorés permettent en effet de réduire l’exposition aux fumées toxiques, de diminuer la consommation de bois et de limiter la déforestation, tout en contribuant à la réduction de l’empreinte carbone des ménages.

Dans ce cadre, le directeur du CIRES a plaidé pour une meilleure reconnaissance du travail domestique non rémunéré dans les politiques publiques.

« Ce n’est pas une question de payer les femmes, mais de reconnaître la valeur de ce travail », a-t-il souligné.

Vers une extension nationale du projet

Initialement conçu pour 2 000 ménages, le projet TIKA a déjà bénéficié à 2 212 femmes, notamment grâce à l’implication de plusieurs conseils régionaux.

L’atelier organisé à Abidjan avait pour objectif de mobiliser davantage les partenaires publics et privés, notamment à travers des initiatives de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et la signature de conventions de partenariat destinées à assurer la pérennité du programme.

Cette dynamique s’inscrit dans les ambitions énergétiques nationales. Le Pacte national de l’énergie 2025-2030 prévoit notamment que 16 % de la population ivoirienne ait accès à des foyers améliorés d’ici 2030, tandis que les Contributions déterminées au niveau national (CDN 3.0) fixent un objectif de 25 % à l’horizon 2035.

Un projet reconnu à l’international

Mis en œuvre avec plusieurs partenaires, dont l’Institut national ivoirien de l’environnement, le Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant et la Chaire UNESCO Eau, femmes et pouvoir de décisions, le projet TIKA apparaît aujourd’hui comme un modèle d’innovation sociale et de transition énergétique inclusive.

Il figure d’ailleurs parmi les trois projets francophones retenus par le Centre de recherche pour le développement international du Canada, sur 19 initiatives sélectionnées à l’échelle internationale, confirmant ainsi l’intérêt croissant pour cette solution destinée à transformer durablement les conditions de vie des femmes en milieu rural ivoirien.

Ljp