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Longtemps perçu comme un secteur opaque où l’assuré semblait condamné à subir face à la puissance des compagnies, le monde de l’assurance en Côte d’Ivoire est peut-être en train de changer de visage. À l’occasion de la Matinale annuelle de la Médiation de l’Assurance, tenue le mercredi 29 avril 2026 dans les locaux de l’Association des Sociétés d’Assurances de Côte d’Ivoire(ASACI), à Cocody, le Médiateur de l’assurance, Ernest Assamoi, a dressé un bilan sans équivoque : depuis la création de l’institution en 2019, plus de 2 milliards de FCFA ont été effectivement versés aux assurés, victimes et bénéficiaires grâce à la médiation.
Face à la presse, le ton est convaincant : l’époque où l’on se battait seul contre son assureur n’est plus une fatalité.
Plus de 531 dossiers traités, plus de 2 milliards débloqués
En sept ans d’existence, la Médiation de l’Assurance a examiné 531 dossiers, jouant un rôle de régulateur amiable entre usagers et compagnies. Résultat : plus de 90 % des avis rendus par le Médiateur ont été suivis par les assureurs, preuve d’une efficacité désormais difficile à ignorer.
« Plus de 2 milliards de FCFA ont été payés par les assureurs aux victimes et bénéficiaires de contrats par le truchement de la médiation », a révélé Ernest Assamoi, soulignant l’importance croissante de cette institution privée créée par l’Association des Sociétés d’Assurance de Côte d’Ivoire (ASACI).
Automobile : le cœur des litiges
Comme souvent, la route reste le principal théâtre des contentieux. En 2025, sur 96 dossiers enregistrés, 61 % concernaient la branche automobile, soit 59 dossiers.
Dans le détail : 32 dossiers portaient sur des dommages matériels, 27 concernaient des préjudices corporels. Pour les sinistres matériels, 35 réclamations ont abouti à une indemnisation effective, tandis que deux étaient encore en cours à fin décembre. Quinze dossiers ont été clôturés pour irrecevabilité ou dépassement de délais.
Du côté des préjudices corporels, un dossier a été totalement résolu, cinq étaient encore en instruction, et quatorze ont été clôturés après reprise du dossier par l’assureur. Ernest Assamoi a rappelé que lorsque l’assureur reprend sérieusement l’instruction d’un dossier sous l’effet de la médiation, l’objectif premier est déjà atteint : remettre la machine en marche.
Baisse des saisines en 2025, mais reprise en 2026
Avec 96 dossiers en 2025 contre 106 en 2024, les saisines ont baissé de 9 %. Une diminution principalement liée à la suspension partielle de la Caravane de la médiation durant le premier semestre, dans un contexte électoral chargé. Mais pour 2026, la tendance repart à la hausse. Dès le premier trimestre, 25 dossiers ont déjà été enregistrés, avec l’ambition affichée de traiter à terme 200 à 500 dossiers par an.
La Caravane reprend la route : cap sur la proximité
Pour le Médiateur, le principal obstacle reste l’ignorance du grand public. Beaucoup d’Ivoiriens ne savent toujours pas qu’ils peuvent saisir gratuitement la Médiation de l’Assurance, sans avocat obligatoire, par simple courrier ou formulaire. C’est pourquoi, a-t-il dit, la Caravane de la médiation sera relancée à travers l’intérieur du pays et les communes d’Abidjan, afin d’aller au contact direct des populations.

« Un contrat d’assurance, ça se négocie »
L’un des messages les plus forts de cette matinale a été l’appel à la vigilance lancé aux assurés. « Un contrat d’assurance, c’est négociable. Il faut se faire aider par des sachants avant de signer », a insisté Ernest Assamoi. Autrement dit : lire, comprendre, questionner et se faire conseiller avant de souscrire.
Assureurs : communication et rapidité exigées
Le Médiateur a également adressé un message ferme aux compagnies. Selon lui, de nombreux conflits naissent moins du refus d’indemnisation que du silence ou du manque d’explication. « Même si un sinistre n’est pas couvert, la manière de l’expliquer compte énormément », a-t-il rappelé.
Il a aussi insisté sur le respect strict des délais légaux. En cas de retard, la loi prévoit une pénalité de 5 % par mois sur l’indemnité due. Un exemple récent a d’ailleurs marqué les esprits : pour une indemnité initiale de 40 millions FCFA, plusieurs années de retard ont généré 49 millions FCFA de pénalités. « Cette pénalité n’est pas négociable. C’est la loi », a martelé le Médiateur.
Une institution gratuite… qui peut rapporter gros
Retard de chèque, refus mal expliqué, résiliation incomprise, lenteurs administratives : autant de motifs qui peuvent justifier une saisine. Et le principe est simple : aucun frais, aucune obligation d’avocat, aucune commission sur les montants obtenus. « N’attendez pas des mois. Si votre assureur traîne, venez nous voir. C’est gratuit, et cela peut vous rapporter des millions », a lancé Ernest Assamoi.
Vers une révolution silencieuse du secteur ?
Avec un taux d’exécution supérieur à 90 %, plus de 2 milliards de FCFA récupérés et une stratégie désormais axée sur la proximité, la Médiation de l’Assurance s’impose progressivement comme un outil de justice économique accessible.
En Côte d’Ivoire, l’assurance ne serait donc plus forcément ce terrain où l’assuré perd d’avance. Pour des milliers d’usagers, une porte existe désormais pour transformer frustration en indemnisation réelle. Et à en croire les chiffres, cette porte mérite d’être beaucoup plus connue.
Loba Perez
