• ven. Mai 8th, 2026

Côte d’Ivoire: Affi N’Guessan charge Ouattara et dénonce une “démocratie en ruine” après36 ans de multipartisme dans le pays

ByÉquipe LeJourPile

Mai 7, 2026

👁 7,016 vues

À l’occasion de la commémoration de la Fête de la liberté, célébrée ce jeudi 7 mai 2026, l’opposant ivoirien Pascal Affi N’Guessan a livré une charge virulente contre l’état de la démocratie et des libertés publiques en Côte d’Ivoire, 36 ans après l’instauration du multipartisme. Dans un ton particulièrement offensif, l’ancien Premier ministre et président du Front populaire ivoirien (FPI) a dressé un constat alarmant de la gouvernance sous le président Alassane Ouattara.

Face à la presse, l’ex-député de Bongouanou n’a pas mâché ses mots : « Trente-six ans après le retour au pluralisme politique et quinze ans après l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir, la situation des libertés et de la démocratie est catastrophique, dramatique, désespérée. »

Pour le leader du FPI, la Côte d’Ivoire traverse un profond recul démocratique, qu’il qualifie d’« abyssal », dénonçant un régime marqué, selon lui, par l’autoritarisme politique et l’oppression croissante des citoyens. Pascal Affi N’Guessan a notamment pointé du doigt les restrictions des libertés d’expression et de manifestation, évoquant des pressions exercées sur des journalistes de la presse privée ainsi que des poursuites judiciaires contre des responsables politiques pour leurs opinions.

Prenant pour exemple le cas récent d’Assalé Tiémoko Antoine, président d’ADCI, convoqué puis auditionné durant plusieurs heures à la préfecture de police, l’ancien chef du gouvernement a fustigé une criminalisation de la critique politique. « En Côte d’Ivoire, critiquer le pouvoir, dénoncer ses insuffisances, ses abus est un délit : délit d’offense au Chef de l’État, délit de trouble à l’ordre public, délit d’incitation à la révolte et que sais-je encore », a-t-il dénoncé.

Affi N’Guessan a également critiqué la gestion des manifestations politiques, estimant que les interdictions de rassemblements sont devenues systématiques, notamment en période électorale. Revenant sur les violences politiques récentes, il a rappelé les lourds bilans humains enregistrés lors des crises électorales, évoquant une centaine de morts en 2020 ainsi qu’une dizaine de décès et près de 2 000 arrestations en 2025.

Sur le front médiatique, le président du FPI a accusé les médias publics, en particulier la RTI, de partialité et de verrouillage de l’espace public. Selon lui, l’opposition politique et la société civile ne bénéficient pas d’un accès juste et équilibré aux antennes de l’État.

Au-delà des libertés publiques, Pascal Affi N’Guessan a élargi sa critique à la gouvernance économique et sociale, dressant un tableau sombre du quotidien des Ivoiriens. Cherté de la vie, difficultés d’accès au logement et aux soins, malaise des producteurs de café-cacao : autant de signaux, selon lui, d’un système en crise.

Face à cette situation, l’ancien bras droit de Laurent Gbagbo a lancé un appel solennel à la mobilisation des militants du FPI et de l’ensemble de l’opposition. « Résister, c’est rester fermes dans nos convictions, ne pas se laisser distraire par les campagnes démagogiques et les discours trompeurs (…) Résister, c’est assumer pleinement, courageusement et franchement notre statut actuel d’opposition politique, de contre-pouvoir », a-t-il martelé.

Cette édition 2026 de la Fête de la liberté du Front populaire ivoirien se tient de manière décentralisée à travers plusieurs localités du pays, dans un contexte politique particulièrement tendu à l’approche des prochaines échéances électorales. Pour Affi N’Guessan, cette célébration doit désormais être celle de la vigilance, de la résistance démocratique et du combat pour la restauration des libertés.

Ljp