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La décision de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de lancer progressivement l’ECO à partir de 2027 continue de susciter des réactions au sein de la classe politique ouest-africaine. En Côte d’Ivoire, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) estime que les conditions économiques et institutionnelles ne sont pas encore réunies pour assurer la viabilité d’une monnaie unique.
Réunis le 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, lors de leur 69ᵉ sommet ordinaire, les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO ont validé le principe d’un démarrage progressif de l’ECO avec les pays répondant aux critères de convergence macroéconomique.
Pour Katinan Koné, membre de la direction du PPA-CI et ancien ministre du Budget, cette échéance ne doit pas occulter les difficultés structurelles auxquelles reste confrontée la sous-région. Il estime que le projet gagnerait en crédibilité si les États adoptaient d’abord une monnaie commune destinée aux transactions régionales avant de fusionner leurs monnaies nationales.
Selon lui, les critères de convergence actuellement retenus, inspirés de l’expérience européenne, ne suffisent pas à garantir la solidité d’une future union monétaire. Il considère notamment que le respect du plafond de déficit budgétaire fixé à 3 % du produit intérieur brut peut être obtenu par des ajustements comptables sans traduire une amélioration réelle des finances publiques.
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, le responsable du PPA-CI met en avant la faiblesse de l’intégration économique régionale. Les échanges commerciaux entre les pays de la CEDEAO demeurent limités, représentant moins de 15 % du commerce total de la région. À cette situation s’ajoutent des infrastructures de transport insuffisantes, des barrières non tarifaires persistantes et une forte dépendance des économies ouest-africaines aux exportations de matières premières vers les marchés internationaux.
Katinan Koné souligne également les différences de structure entre les économies de la région. Le Nigeria reste tributaire du pétrole, tandis que la Côte d’Ivoire et le Ghana sont fortement exposés aux variations du marché du cacao. D’autres États dépendent principalement de l’or, du coton, du tourisme ou des transferts de leurs diasporas. À ses yeux, cette diversité rend indispensable la création de mécanismes de solidarité capables d’absorber les chocs économiques, notamment un fonds de stabilisation, des transferts budgétaires et un dispositif commun de soutien aux États en difficulté.
S’appuyant sur les données de l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO), il rappelle qu’en 2023, seul le Cabo Verde remplissait l’ensemble des critères de convergence de premier rang définis par la CEDEAO, illustrant les écarts persistants entre les économies de la région.
Le PPA-CI propose ainsi la création d’une monnaie commune qui servirait exclusivement aux règlements entre les États, les banques centrales et les entreprises de la sous-région, sans remettre immédiatement en cause les monnaies nationales. Une telle solution permettrait, selon le parti, de renforcer progressivement les échanges commerciaux, d’harmoniser les mécanismes financiers et de bâtir les institutions nécessaires à une future monnaie unique.
L’ancien ministre revient également sur l’annonce de décembre 2019 relative à la transformation du franc CFA en ECO pour les pays de l’UEMOA. Il estime que cette initiative a contribué à fragiliser la confiance de plusieurs États membres dans le processus communautaire. Il s’interroge en outre sur le choix de l’échéance de 2027, qui coïncide avec la fin du second mandat du président français Emmanuel Macron, tout en soulignant que la réussite du projet dépendra avant tout de sa gouvernance et de son appropriation par les États ouest-africains.
Pour le PPA-CI, l’avenir de l’ECO repose moins sur le respect d’un calendrier que sur la capacité des pays de la CEDEAO à construire une véritable intégration économique, à renforcer leurs institutions communes et à instaurer une solidarité financière durable. C’est à cette condition, estime le parti, que la monnaie unique pourra devenir un véritable instrument de souveraineté et de développement pour l’Afrique de l’Ouest.
Kom Firmin
