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Guerre des images en Afrique : nos pays sont-ils aussi performants qu’on veut le faire croire

ByÉquipe LeJourPile

Oct 26, 2026

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Et si la véritable compétition africaine consistait non pas à prouver que notre pays est plus beau ou plus fort que celui du voisin, mais à faire en sorte que chaque génération vive mieux que la précédente ?

Dans un État, les problèmes d’assainissement, les inégalités d’accès aux services essentiels, les défis du système éducatif et les contraintes du quotidien ne disparaissent pas parce qu’une vidéo tournée dans un autre pays attire l’attention.

Les réseaux sociaux peuvent contribuer à rendre visibles des réalités ignorées. Mais lorsqu’ils transforment chaque difficulté en affrontement identitaire, ils éloignent le débat de son véritable objectif : comprendre pour agir.

Une image négative ne suffit pas à démontrer l’échec d’une politique, tout comme une image positive ne suffit pas à prouver sa réussite. L’analyse exige davantage que des impressions. Elle demande des données, des comparaisons pertinentes, des enquêtes de terrain et l’écoute des personnes concernées.

La vraie fierté, c’est ce que le peuple peut vivre, pas seulement ce qu’il peut montrer

Dans une région confrontée à des enjeux de sécurité, d’éducation, d’emploi, de transformation économique et de coopération, les divisions alimentées par des vidéos isolées représentent un mauvais usage de l’énergie collective. Il suffit parfois de quelques images pour réveiller les susceptibilités d’un peuple, ébranler le discours d’un autre et transformer une difficulté locale en querelle nationale.

Une salle de classe, une rue insalubre, une infrastructure dégradée ou, à l’inverse, un paysage magnifique peuvent ainsi devenir les pièces d’un procès improvisé sur les réseaux sociaux. En quelques heures, les commentaires se multiplient, les drapeaux s’agitent et les internautes se répartissent entre défenseurs inconditionnels de leur pays et accusateurs de celui du voisin.

Un étudiant qui dénonce une salle de cours dégradée dans son pays ne devrait pas être automatiquement transformé en ennemi de sa nation parce qu’un citoyen d’un autre pays récupère ses propos pour dénigrer ou ironiser. Un véritable citoyen qui célèbre les réussites de son pays n’est pas obligé d’en nier les insuffisances pour démontrer son patriotisme.

L’héritage de nos dirigeants ne devrait pas être évalué uniquement à travers les plateaux de télévision, les applaudissements qu’ils reçoivent, les images qui circulent ou les comparaisons flatteuses qu’ils suscitent. Il devrait aussi être apprécié à l’aune de ce que les enfants apprennent, de ce que les familles peuvent se permettre, des soins que les malades peuvent recevoir et de ce que les jeunes peuvent espérer.

Ce ne sont ni les commentaires les plus bruyants ni les vidéos les plus virales qui feront l’avenir de l’Afrique. Ce sont les décisions prises, les problèmes résolus, les droits respectés et les possibilités offertes aux générations à venir.

Au lieu de demander : « Quel pays est le plus beau ? », demandons-nous : « Comment ses habitants vivent-ils dans ce pays ? »

La véritable compétition entre les nations devrait porter sur leur capacité à améliorer les conditions de vie, à corriger les inégalités, à protéger les plus vulnérables et à préparer l’avenir. Elle ne devrait pas consister à accumuler les images les plus flatteuses ou à humilier le voisin pour mieux valoriser son propre camp.

Au lieu de nous demander quel dirigeant a remporté la bataille de la communication, demandons-nous quelles améliorations concrètes ses décisions ont produites dans la vie des citoyens.

Plutôt que de comparer uniquement les routes, les immeubles, les hôtels, les paysages ou les cérémonies officielles, comparons aussi l’accès à l’éducation, la qualité des soins, la sécurité, l’assainissement, les possibilités d’emploi et les perspectives offertes à la jeunesse.

Une telle démarche pourrait contribuer à apaiser la compétition stérile des images, en aidant les publics à comprendre qu’aucun pays ne se résume à ses difficultés, mais qu’aucun ne devrait non plus se servir de ses réussites pour les dissimuler.

La dignité nationale ne consiste pas à empêcher le monde de voir nos faiblesses. Elle consiste à avoir le courage de les reconnaître, la volonté de les corriger et l’intelligence de ne pas réduire toute une population à ses manquements.

Parce que la souveraineté constitue un enjeu politique et économique majeur, la maturité collective commence lorsque nous cessons d’utiliser les problèmes des autres pour éviter de regarder les nôtres. À ce titre, un pays n’a rien à gagner à se féliciter des difficultés de son voisin. Il ne gagne pas davantage à se sentir humilié lorsque ce voisin est critiqué.

Le problème commence lorsque l’on passe de « cette rue est sale » à « ce pays est sale », ou de « cette infrastructure est défaillante » à « ce peuple est incapable ». La première affirmation peut être vérifiée sur le terrain. La seconde généralise abusivement un constat local à des millions de personnes et à un territoire entier.

De la « poussière » de Douala à la découverte d’un Cameroun plus vaste que ses clichés

La polémique autour de l’influenceur ivoirien Khalil Pro illustre une autre facette de cette mécanique. En août 2026, ses vidéos montrant des problèmes d’insalubrité dans certains espaces de Douala ont suscité de vives réactions. Plusieurs internautes y ont vu une dénonciation utile de difficultés vécues par des habitants, tandis que d’autres ont dénoncé une démarche susceptible de dénigrer la ville et le Cameroun.

Dans la foulée, l’initiative « Challenge Découverte Cameroun », portée par le créateur de contenu camerounais Steve Fah avec la participation de Camille Makosso, a présenté un intérêt particulier. Lancé en septembre 2026, ce projet audiovisuel entend parcourir les dix régions du Cameroun afin de faire découvrir ses paysages, son patrimoine, ses activités économiques et ses populations, et de battre en brèche les perceptions réductrices du pays.

Cette démarche a rappelé qu’un territoire ne se découvre pas à travers une seule rue, un seul quartier, une seule rencontre ou une seule vidéo. Il faut du temps, des déplacements, des témoignages variés et un regard capable de dépasser les premières impressions.

De la même manière, certains élèves peuvent choisir de retourner étudier dans leur pays d’origine sans que cela constitue un verdict définitif sur la qualité de l’enseignement dans l’État qu’ils ont quitté. À l’inverse, les difficultés qu’ils rencontrent à leur arrivée ne prouvent pas que leur retour est une erreur. Leur choix peut relever de considérations familiales, culturelles, économiques ou éducatives qui ne sauraient être réduites à une comparaison simpliste.

Car les réussites économiques d’un pays, ses infrastructures, son dynamisme culturel ou encore son attractivité ne font pas disparaître les difficultés rencontrées par une partie de sa population.

L’Afrique n’a pas besoin de champions de la fierté, mais de dirigeants et de citoyens capables de transformer ses réalités

Certes, l’on peut se demander s’il faut défendre son pays contre toute critique ou accepter de regarder ses insuffisances en face. À l’heure où les rivalités numériques attisent les susceptibilités nationales, l’Afrique gagnerait à comprendre que la grandeur d’un pays ne se mesure ni au silence de ses citoyens ni au nombre de ses admirateurs, mais à la qualité de vie qu’il leur offre.

Loba Christo

 

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