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La filière café-cacao ivoirienne traverse une zone de turbulence majeure. À Duékoué, dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, un cap décisif a été franchi : la rupture entre producteurs et gestionnaires du secteur est désormais assumée.
Une mobilisation massive, un message sans détour
Face à des milliers de planteurs réunis, Koné Moussa, à la tête du Syndicat National Agricole pour le Progrès en Côte d’Ivoire, n’a pas mâché ses mots : « Nous avons confiance au gouvernement, mais nous n’avons plus confiance aux gestionnaires actuels. »
Une déclaration forte, prononcée à l’issue d’une tournée entamée le 25 mars dans la localité de Méo, qui a conduit le syndicat au cœur des zones de production pour prendre le pouls d’un secteur sous tension.
Une incompréhension totale autour du cacao vendu
Au cœur de la crise, une situation jugée incompréhensible par les producteurs : le cacao aurait été vendu à l’avance dans le cadre du système de stabilisation
les ressources financières auraient déjà été perçues
mais sur le terrain, les fèves restent invendues
Une équation qui alimente colère et suspicion. « Le cacao a été vendu, l’argent a été pris, mais les producteurs ont encore leurs stocks. À qui a-t-on vendu ? », s’interroge Koné Moussa.
Le SYNAPCI pointe également une gestion opaque d’un fonds de stabilisation estimé à 170 milliards FCFA.
Blocage du cacao : un bras de fer engagé
Face à cette situation, le syndicat passe à l’offensive.
Mot d’ordre : aucun cacao ne sera acheminé vers Abidjan
Condition : un prix minimum de 2 800 FCFA/kg
« Nous sommes pacifiques, mais déterminés. Il faut un nouveau mode de gestion. »
Un avertissement clair qui pourrait paralyser une partie de la chaîne d’approvisionnement si aucune solution n’est trouvée.
Derrière la crise, une détresse sociale profonde
Au-delà des chiffres, ce sont des vies qui basculent.
Avec un prix bord champ tombé à 1 200 FCFA/kg, de nombreux producteurs n’arrivent plus à faire face aux charges quotidiennes.
Certains témoignages illustrent l’ampleur du malaise :
- « Nous sommes les racines de ce pays, mais nous sommes laissés pour compte », déplore un planteur.
- « Comment payer la scolarité des enfants avec ces prix ? », s’inquiète une productrice.
Le sentiment d’abandon est largement partagé.
Un tournant pour toute la filière ivoirienne
À Duékoué, cette mobilisation marque bien plus qu’un simple mouvement d’humeur.
Elle révèle une crise de confiance profonde et une remise en cause du modèle de gestion actuel. Malgré la reconnaissance des efforts du président Alassane Ouattara, les producteurs exigent désormais des réponses concrètes.
L’heure des décisions
les producteurs ne comptent plus se taire. Entre blocage des stocks, tensions sociales et défiance généralisée, la filière café-cacao se retrouve à un carrefour critique. Désormais, tous les regards sont tournés vers les autorités et les organes de régulation, appelés à rétablir la confiance et éviter une crise encore plus profonde.
