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Le paysage médiatique ivoirien est endeuillé par la disparition d’une figure emblématique de la radiophonie nationale. Éric Didia Yao Constant, connu sous les pseudonymes de « Roro », « Zada le chasseur » ou encore « Robert Levi Provençal », s’est éteint le vendredi 6 juin 2025 à l’âge de 64 ans. L’annonce de son décès a suscité une vive émotion. Notamment sur les réseaux sociaux, où nombre d’acteurs culturels et médiatiques ont exprimé leur reconnaissance et leur tristesse.
Né le 5 octobre 1960, Éric Didia s’impose dès les années 1990 comme une voix majeure de la bande FM ivoirienne. Son timbre grave, son aisance verbale et son style délibérément provocateur ont marqué durablement la mémoire auditive collective. Animateur de l’émission « Happy People » sur Radio Nostalgie, il contribue significativement à la valorisation de la musique congolaise en Côte d’Ivoire, tout en développant un art radiophonique mêlant divertissement, satire sociale et engagement culturel.
Le décès d’Éric Didia représente ainsi une perte majeure pour le patrimoine immatériel ivoirien. Son apport, tant sur le plan de l’innovation radiophonique que sur celui de la médiation culturelle, mérite d’être étudié comme un cas exemplaire dans l’histoire contemporaine des médias en Afrique de l’Ouest.
Trajectoire et héritage d’un pionnier de la radiodiffusion en Côte d’Ivoire
Sur le plan de la conception médiatique, Éric Didia se distingue par une capacité à créer et imposer des formats originaux. Il introduit notamment les Atalaku, chanteurs d’animation typiques de la rumba congolaise, dans les sphères festives abidjanaises. Par cette hybridation entre contenu musical africain et animation urbaine, il participe à la construction d’un langage culturel transnational.
Sa carrière ne se limite pas à la radio. En rejoignant des plateformes télévisées telles qu’Ivoire FM puis Life TV, il réussit la transition vers le format audiovisuel. Incarnant notamment le programme « Life Talk » avec un style flamboyant qui lui est propre. Son passage à la télévision témoigne de sa faculté à s’adapter à des formats médiatiques pluriels. Tout en conservant une identité professionnelle affirmée.
Parallèlement à sa carrière dans les médias, Éric Didia cultivait une pratique artistique plus discrète, mais non moins significative. Diplômé de l’École des arts modernes de Paris, il revendiquait un rapport intime à la création visuelle. Ce, à travers la peinture et le design d’intérieur. Cette double identité: artiste plasticien et homme de média a révélé en lui, la richesse d’un parcours multidisciplinaire. Elle a également souligné la porosité entre art, communication et performance médiatique dans les trajectoires professionnelles contemporaines.
L’œuvre radiophonique d’Éric Didia s’inscrit dans une dynamique historique de professionnalisation des médias en Côte d’Ivoire. Par son ton, ses références culturelles et sa posture publique, il a su incarner un style d’animation à la fois populaire et cultivé. Contribuant ainsi à redéfinir les codes de la parole médiatique, dans un contexte de libéralisation du paysage audiovisuel.
Loba Perez
