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Après près de cinq années de suspension, la Guinée signe son retour sur la scène africaine lors du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba. Conduite par le président Mamadi Doumbouya, la délégation guinéenne a multiplié les rencontres bilatérales et initiatives diplomatiques pour renforcer sa place au sein des grandes dynamiques continentales, affichant une volonté claire : transformer son isolement en opportunité stratégique.
Suspendue à la suite du coup d’État de septembre 2021 et du renversement de l’ancien président Alpha Condé, la Guinée avait été exclue des organes décisionnels de l’UA. Sa réintégration officielle, fin janvier 2026, a été saluée par le Conseil de paix et de sécurité de l’organisation, qui a pris acte des avancées de la transition politique et, en particulier, de l’élection présidentielle pacifique du 28 décembre 2025, remportée par le général Doumbouya. « Cette réintégration confirme la volonté du peuple guinéen de participer pleinement aux affaires africaines et à la construction d’un continent uni », a déclaré un porte-parole de l’UA.
Au cours du sommet, la délégation guinéenne a adopté une diplomatie proactive. Le président Doumbouya a personnellement conduit plusieurs échanges bilatéraux avec des chefs d’État et ministres, tandis qu’une délégation ministérielle, comprenant notamment le ministre des Affaires étrangères Morissanda Kouyaté, le ministre de l’Économie et des Finances et plusieurs hauts responsables militaires et diplomatiques, représentait le pays lors des sessions de clôture.
Un des moments majeurs de cette participation a été la réunion stratégique présidée par le président du Liberia, destinée à élaborer une position africaine commune pour soutenir une candidature africaine au poste de Secrétaire général des Nations unies. Cette initiative illustre l’ambition de Conakry de renforcer la représentativité africaine dans les instances mondiales et de peser durablement dans les grandes décisions internationales. Selon Morissanda Kouyaté, « la Guinée entend jouer un rôle moteur dans les initiatives africaines, en mettant l’accent sur la stabilité, la paix et la coopération économique ».
Sur le plan économique, la Guinée a multiplié les annonces concrètes. Une rencontre avec la commissaire de l’UA en charge du Développement économique et du Commerce a permis de présenter le programme national Simandou 2040, visant à valoriser les ressources minières et à garantir la souveraineté sur les matières premières stratégiques. Par ailleurs, le pays a confirmé l’installation à Conakry du siège du Centre africain de développement minier, un signal fort adressé aux partenaires continentaux et internationaux. « Ce projet traduit notre engagement envers un développement durable et une gestion transparente de nos ressources », a précisé le ministre Kouyaté.
La Guinée a également profité du sommet pour consolider ses relations bilatérales avec plusieurs pays africains. Les échanges ont porté sur la coopération dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie, de la sécurité et de la gouvernance régionale. Ces démarches s’inscrivent dans une stratégie globale visant à renforcer le rôle de Conakry dans la diplomatie africaine et à sécuriser des partenariats durables pour le développement économique national et régional.
À l’issue du 39ᵉ sommet, la participation guinéenne illustre une offensive diplomatique réussie et stratégique. Le pays réaffirme sa capacité à peser dans les décisions africaines et à contribuer pleinement à l’intégration continentale. Cette nouvelle étape marque non seulement la fin d’une période d’isolement, mais également l’affirmation d’une diplomatie proactive, structurée et tournée vers les enjeux économiques, sécuritaires et politiques.
Le retour de la Guinée à l’UA démontre que Conakry a transformé sa période d’exclusion en opportunité de renforcer son influence. En réintégrant le concert africain, en consolidant ses relations bilatérales et en s’engageant sur des projets économiques structurants, la Guinée se positionne désormais comme un acteur crédible, prêt à jouer un rôle moteur dans la gouvernance et le développement du continent.
Ljp
