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Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi 4 juin 2026, à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dénonçant la présence d’étrangers en situation irrégulière dans plusieurs quartiers de la capitale et réclamant leur expulsion du territoire libyen.
Organisé après une vaste campagne sur les réseaux sociaux, le rassemblement a mobilisé des manifestants brandissant des cartons rouges, symbole de leur volonté de voir les migrants expulsés du pays. Plusieurs slogans hostiles à l’immigration ont été scandés, notamment : « Non à l’installation des migrants et des réfugiés » ou encore « La Libye appartient aux Libyens ».
Les protestataires ont également demandé la fermeture des bureaux du HCR, accusé de favoriser la présence des migrants sur le territoire libyen. Certaines pancartes visaient directement la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, accusée de vouloir faire de la Libye une zone de rétention pour les candidats à l’immigration clandestine vers l’Europe. « Non à la signature de conventions pour l’installation des migrants avec l’Italie », pouvait-on lire sur plusieurs affiches accompagnées d’un portrait barré d’une croix rouge.
Face à cette montée de tension, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) a rejeté les accusations visant le HCR. Dans un communiqué publié jeudi soir, l’ONU a affirmé qu’aucune de ses agences « ne met en œuvre de programme de réinstallation en Libye », qualifiant les informations relayées sur les réseaux sociaux de « fausses allégations ».
L’organisation internationale s’est dite préoccupée par « la propagation de fausses informations, de désinformation et de discours haineux » autour de la question migratoire dans le pays.
Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver une stabilité politique durable. Le pays reste divisé entre deux pouvoirs rivaux : le gouvernement reconnu par l’ONU à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et une administration basée à Benghazi contrôlée par le maréchal Khalifa Haftar.
Dans ce climat d’instabilité, les réseaux de passeurs et de trafiquants se sont fortement développés, faisant de la Libye l’une des principales plateformes de transit pour les migrants africains et asiatiques cherchant à rejoindre l’Europe par la Méditerranée.
Selon les données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 900 000 migrants et réfugiés étaient présents en Libye à la mi-2024.
La question migratoire reste particulièrement sensible dans le pays, où les tensions sont régulièrement alimentées par des discours xénophobes relayés sur les réseaux sociaux. Lors de la manifestation de jeudi, plusieurs slogans dénonçaient une prétendue « invasion migratoire », certains manifestants assimilant migrants et réfugiés, notamment les nombreux Soudanais ayant fui la guerre civile dans leur pays.
Les autorités libyennes avaient pourtant annoncé en décembre dernier un traitement spécifique pour les ressortissants soudanais, avec un accès garanti aux soins et à l’éducation, selon le ministre de l’Intérieur Imad Trabelsi.
Quelques jours avant la manifestation, l’ONU avait déjà alerté sur « la propagation de discours incendiaires » susceptibles d’alimenter les tensions, la discrimination et la violence dans le pays.
Ljp
