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Mali : Alger refuse de comparaître devant la CIJ, Bamako dénonce un « mépris de la légalité internationale  »

ByÉquipe LeJourPile

Sep 25, 2025

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Après avoir nié pendant deux semaines l’existence de la saisine malienne, l’Algérie a officiellement refusé de reconnaître la compétence de la Cour internationale de Justice (CIJ) dans l’affaire de la destruction d’un drone malien. Cette décision met fin à une procédure que Bamako espérait voir établir les responsabilités d’Alger dans cet incident survenu fin mars 2025.

Dans un communiqué rendu public jeudi, le gouvernement de transition malien précise que « la CIJ lui a notifié, le 19 septembre 2025, le refus de l’Algérie, suite à la requête introductive d’instance du Mali, d’accepter la compétence de la Cour ». Cette notification intervient le même jour où la CIJ avait confirmé la réception officielle de la requête malienne, mettant ainsi un terme à près de deux semaines de démentis algériens sur l’existence de la saisine.

De la dénégation au refus formel

L’incident remonte à la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, lorsque les forces algériennes ont détruit « un drone de reconnaissance des Forces armées et de sécurité du Mali, en mission de surveillance sur le territoire national malien », rappelle le communiqué signé par le Premier ministre et porte-parole Abdoulaye Maïga.

Bamako avait déposé sa requête le 16 septembre, après avoir annoncé dès le 4 septembre avoir saisi la Cour. Mais le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avait alors affirmé que la CIJ « n’a jamais été saisie d’aucune demande d’introduction d’instance » et qu’Alger n’avait « jamais reçu aucune lettre ». Selon les règles de la CIJ, ce refus de coopération met fin à la procédure devant cette juridiction.

« Un aveu de culpabilité », selon Bamako

Le gouvernement malien voit dans ce refus « non seulement la négation de la justice internationale par la junte algérienne, mais également son mépris de la légalité internationale ». Bamako estime que cette position constitue « un aveu qui prouve à suffisance à la face du monde son indubitable culpabilité ».

Les autorités maliennes considèrent par ailleurs que le refus de collaborer avec la CIJ confirme le soutien présumé de l’Algérie aux groupes armés terroristes, renforçant l’argument malien selon lequel le drone détruit ciblait des chefs terroristes opérant dans la région. Selon Bamako, Alger privilégie une « stratégie de fuite en avant et des invectives diffamatoires » pour masquer son implication.

Une escalade diplomatique préoccupante

Depuis l’incident, les relations bilatérales se sont profondément détériorées. Les deux pays ont fermé leurs espaces aériens mutuels, rappelé leurs ambassadeurs et suspendu les liaisons aériennes. Bamako avait saisi le Conseil de sécurité des Nations Unies dès le 7 avril, qualifiant la destruction du drone d’« agression délibérée ». Une enquête judiciaire pour terrorisme et complicité avait également été ouverte le 8 avril.

Dans ce contexte, le gouvernement de transition, sous l’autorité du président Assimi Goïta, a réitéré son appel à l’Algérie pour qu’elle cesse ses ingérences dans les affaires intérieures du Mali et son soutien supposé aux formations terroristes déstabilisant le Sahel. Bamako assure que tous les efforts seront faits pour préserver la stabilité, la sécurité et le développement durable du pays.

Cette nouvelle tension confirme la rupture diplomatique entre les deux voisins, dans un contexte régional déjà fragilisé par l’insécurité croissante au Sahel, et laisse planer de sérieuses interrogations sur la capacité de l’Algérie à respecter le droit international.

LJP

Équipe LeJourPile