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Réunis à Addis-Abeba lors du 39e Sommet de l’Union africaine, les chefs d’État et de gouvernement ont lancé un appel urgent à un financement durable de la lutte contre le paludisme. Le Rapport 2025 fait état de 270,8 millions de cas et près de 600 000 décès sur le continent, alertant sur un possible rebond majeur de la maladie en cas de baisse des ressources.
À Addis-Abeba, à l’occasion du 39e Sommet de l’Union africaine, les dirigeants du continent ont tiré la sonnette d’alarme face à la stagnation des progrès dans la lutte contre le paludisme et à la chute des financements internationaux. Présenté par le président du Botswana, Duma Gideon Boko, également président de l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme, le Rapport 2025 sur les progrès en Afrique met en garde contre un risque réel de résurgence.
En 2024, les États membres de l’Union africaine ont enregistré 270,8 millions de cas, soit 96 % du total mondial, et 594 119 décès, représentant 97 % des morts liées au paludisme dans le monde. Depuis 2015, les avancées sont au point mort et seuls cinq pays ont atteint les objectifs du Cadre catalytique 2025 visant une réduction de 75 % de l’incidence ou de la mortalité.
Le rapport alerte sur les conséquences d’une réduction de 30 % des financements : 640 millions de moustiquaires imprégnées en moins, 146 millions de cas supplémentaires et près de 400 000 décès additionnels d’ici à 2030, dont 75 % concerneraient des enfants de moins de cinq ans. L’impact économique serait tout aussi dramatique, avec une perte estimée à 37 milliards de dollars de PIB. À terme, le continent pourrait dépasser les 400 millions de cas annuels et franchir le seuil du million de décès par an.
Face à cette menace, les dirigeants africains ont plaidé pour une mobilisation accrue des ressources nationales, le développement de financements innovants et la mise en place de plans de viabilité budgétaire pour la santé. Douze pays ont déjà mobilisé plus de 200 millions de dollars grâce à des partenariats public-privé dans le cadre de leurs Conseils et Fonds d’élimination du paludisme.
Les chefs d’État ont également exhorté les partenaires internationaux à honorer leurs engagements et à relancer le Programme de soutien à la lutte contre le paludisme (Malaria Booster Programme) de la Banque mondiale, dont la première phase (2005-2010) avait mobilisé plus d’un milliard de dollars. L’objectif est de combler les déficits de financement, renforcer les systèmes de santé communautaires et intégrer les enjeux climatiques dans les stratégies de lutte.
Malgré les difficultés, le rapport souligne des avancées notables. En 2025, 74 % des moustiquaires distribuées étaient des modèles de nouvelle génération à double action, contre 20 % en 2023, avec une efficacité accrue de 45 % face aux moustiques résistants. Par ailleurs, 24 pays ont introduit des vaccins antipaludéens approuvés par l’OMS, avec 28,3 millions de doses administrées en 2025.
La question de la souveraineté sanitaire occupe également une place centrale. L’Afrique importe encore 99 % de ses vaccins et 95 % de ses médicaments. Des initiatives émergent, notamment au Nigeria, pour produire localement traitements, tests de diagnostic rapide et moustiquaires de nouvelle génération. L’Agence africaine des médicaments, désormais soutenue par 31 pays signataires, œuvre à harmoniser les cadres réglementaires afin d’accélérer l’enregistrement des nouveaux produits.
Pour Michael Adekunle Charles, directeur général du RBM Partnership to End Malaria, un déploiement complet des outils existants pourrait sauver 13,2 millions de vies en quinze ans et générer plus de 140 milliards de dollars de retombées économiques. « Nous avons les outils. Il nous faut désormais les ressources », a-t-il insisté.
En conclusion, les dirigeants africains ont appelé à considérer la lutte contre le paludisme comme un pilier stratégique de la transformation économique et de la souveraineté sanitaire du continent. Malgré les obstacles, ils estiment qu’avec un leadership déterminé, des données fiables et des investissements soutenus, l’Afrique peut inverser la tendance et préserver les acquis engrangés depuis 2000, période durant laquelle 1,64 milliard de cas ont été évités et 12,4 millions de vies sauvées.
