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Alors que la Côte d’Ivoire se dirige vers une nouvelle élection présidentielle, la mécanique du parrainage citoyen, instaurée en 2020, s’apprête à entrer dans une nouvelle phase. Officiellement pensée pour filtrer les candidatures sérieuses, cette procédure devient, pour beaucoup, un filtre politique à géométrie variable.
Pour cette deuxième édition, la Commission électorale indépendante (CEI) a annoncé une digitalisation du processus, censée renforcer la transparence. Désormais, les parrainages seront collectés via des terminaux mobiles biométriques dotés de reconnaissance faciale et d’empreintes digitales. Une technologie avancée, certes, mais qui soulève déjà des inquiétudes sur la neutralité et la fiabilité du système, dans un contexte de méfiance électorale.
« Une fois qu’un électeur a donné son parrainage, il ne peut plus parrainer un autre candidat », affirme Camille Séka, directeur des TIC à la CEI. Une déclaration qui sonne comme un avertissement pour un électorat souvent peu informé, et dont les erreurs pourraient disqualifier des candidatures entières.
En cas de défaillance des outils numériques, des solutions de repli sont prévues : fichiers Excel, puis registre papier, un retour au manuel qui laisse craindre des zones d’ombre et des risques de manipulation.
Un système d’exclusion à peine voilé
La CEI impose à chaque candidat de réunir au moins 1 % de l’électorat dans 17 régions, incluant Abidjan et Yamoussoukro. Un seuil qui paraît modéré sur le papier, mais qui devient redoutablement sélectif lorsqu’on y ajoute la radiation de plusieurs figures de l’opposition de la liste électorale.
Ainsi, Laurent Gbagbo (PPA-CI), Guillaume Soro, Charles Blé Goudé, et Tidjane Thiam (PDCI) sont de facto écartés du processus. La CEI exige que les parrains disposent de cartes d’électeurs valides, une condition que ces leaders ne remplissent plus. Un verrouillage légal savamment orchestré ?
Marie-Noëlle Bellai, directrice des affaires juridiques de la CEI, a rappelé les lourdes sanctions prévues : jusqu’à un an de prison pour les électeurs fautifs, jusqu’à 12 mois de prison et 5 millions d’amende pour les collecteurs indélicats, notamment ceux opérant dans des lieux interdits comme les hôpitaux ou camps militaires. Le message est clair : la moindre erreur peut coûter cher, aux citoyens comme aux candidats.
Un flou stratégique au sommet de l’État
Dans ce climat tendu, le président sortant Alassane Ouattara, déjà désigné candidat par son parti le RHDP, entretient le suspense. Sera-t-il candidat pour un quatrième mandat ? L’opposition s’y oppose vigoureusement, invoquant la Constitution qui limite les mandats à deux. Mais le Conseil constitutionnel, fidèle à sa jurisprudence de 2020, considère que la réforme de 2016 remet les compteurs à zéro.
Une interprétation qui fragilise davantage la confiance populaire dans les institutions et qui place la CEI face à une lourde responsabilité : garantir un processus transparent dans un pays encore marqué par les tensions post-électorales.
La collecte des parrainages est prévue du 1er juillet au 26 août 2025. L’enjeu dépasse la simple formalité administrative : c’est toute la crédibilité de l’élection présidentielle à venir qui se joue dans cette phase cruciale.
