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Le président sierra-léonais, nouveau chef en exercice de la Cédéao, relance les initiatives diplomatiques pour renouer les liens avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, sortis de l’organisation sous-régionale en janvier dernier. En ligne de mire : sécurité régionale, libre circulation et stabilité politique.
Par notre rédaction
C’est un signal fort lancé depuis Freetown. Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone et nouveau président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), multiplie les gestes en direction des trois pays sahéliens ayant claqué la porte de l’organisation : le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
Mardi 5 août, lors d’une rencontre officielle avec le président de la Commission de la Cédéao, Dr Omar Alieu Touray, Julius Maada Bio a renouvelé son appel à un dialogue politique « franc et durable » avec la Confédération des États du Sahel (AES), créée par les trois pays en rupture avec la Cédéao. Objectif affiché : bâtir un partenariat « plus étroit et plus fort » pour faire face ensemble aux défis sécuritaires, économiques et humanitaires qui secouent la région.
« Il est impératif que nous construisions une relation solide entre la Cédéao et les nations de l’AES », a-t-il plaidé.
« Nos peuples partagent une histoire, une géographie et un destin commun. »
Une stratégie de réconciliation en marche
Cette main tendue s’inscrit dans la continuité du 67e sommet d’Abuja du 22 juin dernier, qui avait mis en place une troïka ministérielle chargée de piloter les discussions avec l’AES. Ce mécanisme, soutenu par un négociateur en chef et la présidence de la Commission, doit gérer les conséquences institutionnelles et sécuritaires du départ des trois pays sahéliens, tout en veillant à la préservation des droits des citoyens.
Sur le terrain, les tensions restent palpables, mais les signaux d’ouverture se multiplient. Une session de dialogue avait déjà réuni, en mai à Bamako, la Commission Cédéao et les ministres des Affaires étrangères de l’AES. Et si le divorce institutionnel est acté depuis janvier 2025 – conformément à l’article 91 du traité révisé de la Cédéao – la rupture ne semble pas encore définitive.
En parallèle, les pays de l’AES poursuivent leur trajectoire souverainiste. Depuis la création de leur confédération en juillet 2024, ils se sont dotés d’un drapeau, d’un hymne, d’un passeport commun et d’un projet de force militaire conjointe. Une manière d’affirmer leur autonomie stratégique, sans pour autant couper totalement les ponts avec leurs voisins.
Une Cédéao entre ouverture et vigilance
Face à cette recomposition du paysage ouest-africain, Julius Maada Bio entend garder le cap de l’intégration régionale. Il a proposé la tenue prochaine d’un « sommet spécial » pour redéfinir l’avenir de la sous-région, dans un contexte marqué par les transitions politiques, les défis sécuritaires persistants et la pression citoyenne en faveur d’une gouvernance plus inclusive.
Le président sierra-léonais a également réaffirmé son soutien aux processus électoraux en cours, notamment en Guinée, en Côte d’Ivoire et en Guinée-Bissau, tout en saluant les efforts de médiation sur le litige frontalier de Yenga entre son pays et la Guinée.
Une paix régionale à reconstruire
Si les mots du président Bio traduisent une volonté sincère de réconciliation, la réussite de cette relance dépendra de la capacité des deux blocs à dépasser les tensions passées et à bâtir une nouvelle architecture régionale fondée sur la confiance mutuelle, la sécurité collective et la voix des peuples. L’heure est venue, peut-être, d’inventer une autre Cédéao, où la diversité des trajectoires ne rime pas avec exclusion mais avec dialogue.
