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Tunisie : Amnesty alerte sur une répression « critique » des ONG et défenseurs des droits humains

ByÉquipe LeJourPile

Nov 15, 2025

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Les autorités tunisiennes ont intensifié la répression contre les organisations non gouvernementales et les défenseurs des droits humains, dans ce que Amnesty International qualifie de situation « critique ». Arrestations arbitraires, gel d’avoirs, suspensions judiciaires et autres mesures coercitives s’enchaînent au nom de la lutte contre les financements étrangers « suspects » et de la protection des « intérêts nationaux ».

Dans un rapport publié le 14 novembre 2025, Amnesty International cite une affaire emblématique : six employé·e·s du Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR) sont poursuivis pour des accusations liées exclusivement à leurs activités de soutien aux réfugiés et demandeurs d’asile. L’audience initialement prévue le 16 octobre a été reportée au 24 novembre.

Depuis quatre mois, au moins 14 ONG, tunisiennes et internationales, ont reçu des décisions judiciaires leur ordonnant de suspendre leurs activités pendant 30 jours. Parmi elles figurent des structures de référence telles que l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), Nawaat ou encore la section tunisienne de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).

Amnesty rappelle que cette offensive menace l’esprit du Décret-loi n° 88 de 2011, considéré comme l’un des acquis majeurs de la révolution. Selon Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche et du plaidoyer, les autorités « démantèlent systématiquement l’État de droit et étouffent toute dissidence », dans une dynamique comparable à d’autres dérives autoritaires à travers le monde.

Depuis 2023, le président Kaïs Saïed accuse régulièrement les ONG bénéficiaires de financements étrangers de servir des « agendas extérieurs ». En mai 2024, certaines organisations actives sur les questions migratoires avaient été qualifiées de « traîtres », suivies de perquisitions, d’enquêtes financières et d’investigations touchant au moins 12 associations.

Amnesty International appelle les autorités tunisiennes à abandonner les poursuites, lever les suspensions et cesser toute mesure de représailles contre des acteurs opérant légalement.

Ljp

Équipe LeJourPile