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Réuni du 12 au 14 février 2026 à Addis-Abeba, le 39ᵉ Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA) a placé le Gabon au centre des discussions comme un exemple de transition politique pacifique et inclusive sur le continent. Suspendu des instances de l’UA après le changement de régime de 2023, le Gabon a su démontrer qu’une transition bien encadrée pouvait non seulement restaurer l’ordre constitutionnel, mais également renforcer sa légitimité et son influence diplomatique.
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, élu à l’issue d’un scrutin reconnu par les observateurs internationaux, a conduit la délégation gabonaise. Dès l’ouverture du sommet, il a été invité à prendre la parole en premier, geste symbolique saluant la réussite de son processus de transition. Dans son discours inaugural, le président Oligui Nguema a souligné : « La paix et la concertation entre acteurs institutionnels sont les piliers de tout développement durable. Notre expérience montre qu’une transition bien encadrée est possible, même dans un contexte complexe. »
L’Union africaine, par le biais du Conseil de paix et de sécurité, a qualifié la transition gabonaise de « référence continentale », lors de la réunion conjointe avec le Conseil de sécurité des Nations unies. Selon l’ambassadrice du Gabon à l’UA, Lilly Stella Ngyema Ndong, plusieurs pays africains ont sollicité des échanges pour comprendre les mécanismes qui ont permis ce succès. Les points saillants incluent la concertation avec la société civile, la collaboration avec les institutions militaires et la supervision par des observateurs indépendants, créant un cadre de transparence et de confiance.
Cette reconnaissance intervient dans un contexte régional marqué par des transitions souvent tumultueuses. En Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, les coups d’État récents au Mali, au Niger ou en Guinée ont mis en évidence les difficultés d’assurer une sortie pacifique de crises politiques. Comparativement, le Gabon illustre que des mécanismes institutionnels solides et un dialogue inclusif peuvent limiter les tensions et favoriser une sortie ordonnée de la crise. Dans ce sens, la reconnaissance de l’UA a une portée normative : elle valorise les processus transparents et inclusifs comme conditions de légitimité et d’influence sur le continent.
La réintégration officielle du Gabon au sein de l’UA permet au pays de retrouver son rôle au sein du Conseil de paix et de sécurité, où il entend jouer un rôle actif dans la prévention et la gestion des crises. Cette position stratégique offre au Gabon l’opportunité de participer à l’élaboration de politiques continentales sur la médiation politique et la prévention des conflits, tout en partageant son expérience avec les États confrontés à des transitions post-crise.
L’analyse stratégique montre que la valorisation du Gabon sert également des intérêts géopolitiques plus larges pour l’UA. Elle envoie un signal fort aux acteurs internationaux et aux investisseurs : la stabilité et la gouvernance responsable sont des conditions sine qua non de partenariat et de coopération sur le continent. Par ailleurs, elle illustre la volonté de l’organisation de consolider ses mécanismes de suivi et d’accompagnement des transitions, afin de limiter la propagation des conflits et de renforcer la sécurité régionale.
L’expérience gabonaise repose sur des facteurs clés : un cadre institutionnel inclusif, l’organisation d’élections supervisées, la participation active de la société civile et la coopération avec les forces de sécurité. Ces éléments ont permis de restaurer la confiance nationale et internationale, tout en créant un précédent pour d’autres pays. Pour les observateurs, la réussite du Gabon peut servir de modèle opérationnel et diplomatique, démontrant que la légitimité sur la scène continentale dépend autant de la transparence et de l’inclusion que de la stabilité formelle du pouvoir.
Cependant, cette reconnaissance pose également des défis. La consolidation de la paix et la gouvernance durable restent des objectifs à long terme. La stabilité politique doit être accompagnée de mesures économiques et sociales, afin de garantir l’adhésion populaire et de prévenir le retour de tensions internes. De plus, le Gabon devra transformer cette reconnaissance diplomatique en influence régionale tangible, en s’impliquant activement dans les initiatives de médiation et de prévention des crises dans toute l’Afrique centrale.
L’appréciation du Gabon par l’UA au 39ᵉ Sommet ne se limite pas à une consécration symbolique. Elle représente un signal stratégique, une validation normative et une opportunité diplomatique. Le Gabon illustre comment une transition pacifique, encadrée et inclusive, peut devenir un levier de crédibilité et d’influence continentale. Sa réussite offre aux autres pays africains un exemple concret de sortie de crise, et à l’Union africaine un modèle pour renforcer la paix, la stabilité et la bonne gouvernance dans un continent en pleine recomposition politique.
Ljp
