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Le président nigérien, le général d’armée Abdourahamane Tiani, s’est rendu le dimanche 15 février 2026 à Alger pour une visite de travail et d’amitié à forte portée stratégique. Ce déplacement intervient dans un contexte régional marqué par une timide normalisation diplomatique, des ambitions énergétiques partagées et des tensions persistantes entre l’Algérie et certaines capitales du Sahel.
Accompagné d’une importante délégation gouvernementale comprenant notamment les ministres en charge de la Défense, des Affaires étrangères, de l’Énergie, du Pétrole et des Infrastructures, le chef de l’État nigérien a quitté Niamey ce dimanche 15 février 2026. L’objectif affiché est clair : renforcer le dialogue politique et consolider la coopération bilatérale entre Niamey et Alger, dans un environnement régional en pleine recomposition.
Ce déplacement intervient quelques jours après un geste diplomatique fort du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Le jeudi 12 février, ce dernier a ordonné le retour immédiat de l’ambassadeur d’Algérie à Niamey, peu après la reprise de fonctions de l’ambassadeur nigérien à Alger. Présentée comme une étape vers la normalisation des relations, cette décision vise à tourner la page de plusieurs mois de crispations dans un Sahel traversé par des tensions sécuritaires et diplomatiques.
La visite d’Abdourahamane Tiani s’inscrit ainsi dans une dynamique de rapprochement pragmatique. Au-delà des symboles, les discussions devraient porter sur des dossiers concrets : coopération sécuritaire transfrontalière, lutte contre le terrorisme, gestion des flux migratoires, mais aussi partenariats énergétiques et infrastructures régionales. L’Algérie, puissance énergétique majeure en Afrique du Nord, entend renforcer sa présence au sud du Sahara, tandis que le Niger, riche en ressources naturelles, cherche à diversifier ses partenariats stratégiques.
Dans cette optique, Alger multiplie les initiatives. Vendredi dernier, le Burkina Faso et l’Algérie ont posé les bases d’une coopération renforcée dans les secteurs des mines, de l’énergie et des hydrocarbures, à l’issue d’une rencontre d’experts organisée à Ouagadougou. Les échanges ont porté sur la gestion sécurisée des titres miniers, la transformation locale des ressources, la commercialisation des produits extractifs et le partage d’informations géologiques. L’objectif est de structurer un partenariat technique et stratégique autour de la valorisation des ressources naturelles.
Cette dynamique contraste cependant avec les tensions persistantes entre l’Algérie et le Mali. Fin septembre 2025, Bamako a confirmé qu’Alger avait refusé de comparaître devant la Cour internationale de Justice (CIJ) dans l’affaire de la destruction d’un drone malien en avril 2025. Ce refus a entraîné la clôture de la procédure engagée, alimentant le contentieux diplomatique entre les deux pays.
Le gouvernement malien, dirigé par le général Assimi Goïta, a interprété cette décision comme un « aveu de culpabilité » et accuse Alger de soutenir certains groupes armés opérant dans le nord du Mali. Ces accusations ont accentué la fracture entre les deux capitales et renforcé la méfiance au sein de la région.
Au plus fort de la crise, Ouagadougou et Niamey, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), s’étaient alignés sur la position de Bamako en condamnant la destruction du drone malien. Cette solidarité affichée avait illustré les nouvelles lignes de fracture diplomatique au Sahel, où les alliances évoluent au gré des intérêts sécuritaires et politiques.
Dans ce contexte tendu, la visite d’Abdourahamane Tiani à Alger revêt une importance particulière. Elle pourrait marquer une tentative de repositionnement stratégique du Niger, soucieux de maintenir des canaux de dialogue ouverts avec l’Algérie, acteur incontournable dans la gestion des équilibres sahéliens.
Pour Alger, l’enjeu est également majeur. Face à un Sahel en mutation, marqué par l’affirmation de nouvelles alliances régionales et par une redéfinition des partenariats internationaux, l’Algérie cherche à préserver son influence diplomatique et sécuritaire au sud de ses frontières.
Au-delà des déclarations officielles, cette rencontre sera scrutée comme un test de la capacité des deux pays à dépasser les crispations récentes pour bâtir un partenariat pragmatique. Entre intérêts énergétiques, impératifs sécuritaires et rivalités régionales, la visite du président nigérien pourrait ouvrir une nouvelle séquence dans les relations entre Niamey et Alger, dans un Sahel en quête de stabilité et de nouveaux équilibres.
Ljp
