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Plus qu’une conférence, la Côte d’Ivoire accueille sans doute, le début d’une révolution : celle d’une Afrique qui décide enfin de reprendre le pouvoir sur ses données, son identité numérique et son avenir.
Abidjan accueille depuis ce lundi 18 mai 2026, un rendez-vous qui pourrait marquer un tournant majeur dans l’histoire numérique du continent. Dix ans après sa création à Ouagadougou, le Réseau Africain des Autorités de Protection des Données Personnelles (RAPDP) y tient sa 9e Conférence internationale au Radisson Blu Hotel Abidjan Airport, avec une ambition assumée : faire de l’Afrique non plus un simple consommateur de technologies mondiales, mais un acteur capable de produire ses propres normes, défendre ses citoyens et imposer sa vision de la souveraineté numérique.
Pendant quatre jours, jusqu’au 21 mai, 24 délégations africaines, représentant les cinq régions du continent et travaillant en français, anglais, portugais et arabe, croisent leurs expertises autour d’un enjeu devenu central : la régulation des technologies innovantes, de l’intelligence artificielle à la biométrie, en passant par les fintech, la cybersécurité, la santé numérique et les transferts transfrontaliers de données.
Cette édition anniversaire, qui célèbre les dix ans du RAPDP, est placée sous le thème: « La régulation des technologies innovantes: Enjeux, défis, et perspectives des autorités de protection en Afrique ». Elle vise un objectif stratégique : l’adoption de la Déclaration Finale d’Abidjan 2026-2030, document appelé à orienter les futures politiques africaines en matière de protection des données personnelles et de gouvernance numérique.
Pour la Côte d’Ivoire, pays hôte, l’événement a également valeur de symbole institutionnel. Il marque la première sortie officielle du nouveau Conseil de régulation de l’ARTCI, nommé le 21 avril, assermenté le 7 mai et installé après la passation du 11 mai. Son président, Roger Félix Adom, a donné le ton en affirmant que la donnée personnelle touche directement à l’identité, à la dignité, à la liberté et à la sécurité des citoyens, transformant sa protection en enjeu de souveraineté.
Aux côtés du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité de la République de Côte d’Ivoire, le Général Vagondo Diomandé, et du ministre ivoirien de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, la Côte d’Ivoire a affiché son ambition de devenir un centre régional de confiance numérique. Son modèle national: loi de référence, campagnes de sensibilisation, contrôles de conformité, forum national, normes simplifiées et fichier national dédié, est présenté comme une base réplicable à l’échelle africaine.
Mais le constat reste sévère : si plus de 35 pays africains possèdent déjà des lois, le continent demeure fragmenté. Cette dispersion juridique ralentit la souveraineté numérique africaine. D’où l’appel fort lancé à Abidjan pour construire un cadre harmonisé, inspiré du RGPD européen mais adapté aux réalités africaines.
Panels de haut niveau sur l’IA, cybersécurité, rencontres B2B, sessions thématiques et assemblée générale doivent culminer le 20 mai avec l’élection du nouveau bureau du RAPDP et l’adoption d’une déclaration attendue comme un acte fondateur.
Loba Perez
