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Gouvernance en Afrique : le président de la Conférence épiscopale dénonce les “pouvoirs sous tutelle étrangère”

ByÉquipe LeJourPile

Jan 23, 2026

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Le président de la Conférence épiscopale, Monseigneur Marcellin Yao Kouadio, a livré une prise de position forte sur l’exercice du pouvoir et l’état des pratiques démocratiques en Afrique, appelant les dirigeants du continent à placer l’intérêt des peuples au-dessus des influences extérieures.

Dans une déclaration au ton sans concession, le prélat a rappelé que, selon la foi chrétienne, « l’accession au pouvoir procède d’un choix divin », rejetant toute légitimité fondée sur des soutiens étrangers qu’il qualifie de « nuisibles ». Le prélat a tenu ces propos le 20 janvier 2026, lors de la 128ᵉ Assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (CECCI), qui se déroule à San Pedro (Côte d’Ivoire).

Il a dénoncé ce qu’il appelle des « divinités politiques » dont la légitimité ne s’appuie ni sur le peuple ni sur Dieu, mais sur des puissances extérieures et des réseaux d’influence. Son  message a été formulé dans le cadre de l’ouverture des travaux de l’Assemblée plénière. Un rassemblement annuel des évêques ivoiriens consacré à des réflexions sur les questions sociétales et politiques, notamment sur la situation démocratique sur le continent africain et la récente présidentielle de 2025.

Pour Monseigneur Marcellin Yao Kouadio, l’exercice du pouvoir ne saurait être réduit à une question de carnets d’adresses, d’appareils partisans ou de soutiens internationaux. Il a pointé du doigt l’hypocrisie de certaines institutions internationales, le poids des multinationales, ainsi que les systèmes d’influence qu’il associe à la Françafrique, estimant qu’ils contribuent à confisquer la souveraineté des peuples africains. « Dieu, contrairement aux hommes, regarde le cœur et non l’apparence », a-t-il souligné.

L’Evêque a profité de son homélie à cette session pour exprimer ses inquiétudes sur l’évolution démocratique en Afrique, dénoncer les modes d’accession au pouvoir fondés sur la fraude ou l’ingérence, et lancer un appel aux dirigeants pour qu’ils soient une bénédiction pour leurs peuples.

Le président de la Conférence épiscopale a par ailleurs exprimé sa vive préoccupation face à l’évolution des pratiques démocratiques sur le continent, évoquant des indépendances sous tutelle et une souveraineté confisquée, dans un contexte marqué par la violence, la prédation économique et l’ingérence étrangère. Il a déploré la tendance de certains États africains à calquer les modèles occidentaux de démocratie sans tenir compte des réalités locales.

Monseigneur Marcellin Yao Kouadio a également dénoncé l’accession au pouvoir par la fraude, le « braquage électoral » ou le « braconnage politique », qu’il considère comme des sources majeures de rébellions armées, de crises postélectorales et de contestations récurrentes des résultats des urnes, parfois avec la complaisance d’observateurs internationaux. Il a fustigé l’existence de « faux vainqueurs » célébrés au mépris du verdict populaire.

Le prélat a lancé un appel pressant aux gouvernants africains, les exhortant à devenir une bénédiction pour les peuples au nom desquels ils exercent le pouvoir, et à restaurer la confiance, la justice et la dignité au cœur de la gouvernance sur le continent.

Cette rencontre, qui prendra fin dimanche par une messe solennelle, permettra aux évêques de réfléchir sur des questions relatives à la vie de l’Église ainsi qu’à la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest.

Ljp