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Adopté le 5 novembre 2026 à l’issue de trois jours de travaux à Abidjan, le Pacte démographique africain entend faire de la jeunesse, de l’éducation, de la santé et de l’emploi les piliers d’une nouvelle dynamique de développement. Reste désormais à transformer ces engagements en résultats concrets dans les différents pays du continent.
L’Afrique veut mieux préparer son avenir en investissant davantage dans ses populations. C’est le principal message du dialogue continental de haut niveau organisé du 3 au 5 novembre 2026 au siège de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), à Abidjan. À l’issue des échanges, les participants ont officiellement adopté le « Pacte démographique africain ».
La rencontre, organisée sous les auspices du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), de l’Union africaine (UA) et de l’État ivoirien, a réuni des représentants des gouvernements, des parlementaires, des institutions financières, des partenaires au développement, du secteur privé, de la société civile et des organisations de jeunesse.
Leur ambition commune : faire de la croissance démographique une opportunité de développement plutôt qu’une source supplémentaire de pression sur les économies et les services sociaux.
La santé, l’éducation et l’emploi au cœur des priorités
Les principales orientations du Pacte ont été présentées le jeudi 5 novembre par Nassénéba Touré, ministre ivoirienne de la Femme, de la Famille et de l’Enfant.
Le document met d’abord l’accent sur l’investissement dans le capital humain. Il préconise de renforcer les systèmes de santé, la nutrition, l’éducation et la protection sociale, en accordant une attention particulière à la santé des mères, des nouveau-nés et à la santé reproductive. La prévention des violences sexistes figure également parmi les priorités.
Autre axe important : améliorer la disponibilité et la fiabilité des données démographiques. Les participants souhaitent renforcer les systèmes nationaux de statistiques, les recensements et l’état civil afin de permettre aux États de mieux planifier leurs politiques publiques, tout en protégeant les données personnelles.
Le Pacte entend également répondre aux attentes de la jeunesse par des investissements dans l’emploi décent, l’entrepreneuriat et les compétences numériques. Il appelle parallèlement à lever les obstacles qui limitent l’accès des femmes à l’éducation, à la santé et aux opportunités économiques.
Un potentiel démographique qui exige des investissements
Les chiffres avancés donnent la mesure de l’enjeu. L’Afrique compte environ 1,6 milliard d’habitants, parmi lesquels 532 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans. Cette population constitue un atout important, mais sa contribution au développement dépendra des possibilités qui lui seront offertes.
Sans formation adaptée, accès aux soins, emplois et perspectives économiques, la croissance de la population active peut aussi accentuer les difficultés sociales. C’est pourquoi le Pacte appelle à renforcer les infrastructures de santé et d’éducation, y compris leur capacité à fonctionner pendant les crises.
La mobilisation des financements apparaît ainsi comme une condition essentielle. Les gouvernements, les institutions financières et le secteur privé sont invités à contribuer à cet effort, avec une meilleure utilisation des ressources nationales et une prise en compte des contraintes liées à l’endettement.
Anticiper les mutations plutôt que les subir
Les discussions ont également porté sur les transformations qui influencent les trajectoires démographiques : changement climatique, urbanisation accélérée, migrations, innovations technologiques et incertitudes économiques.
Pour Diene Keita, directrice exécutive adjointe de l’UNFPA, les pays africains doivent renforcer leur capacité à anticiper ces évolutions. « La véritable mesure du succès sera d’anticiper les changements démographiques plutôt que d’y réagir », a-t-elle souligné, en insistant sur la nécessité de placer les jeunes au cœur des politiques publiques.
Le rapport final met en avant la contribution de plusieurs institutions, notamment l’Union africaine, la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique et l’UNFPA.
Le véritable test sera l’application sur le terrain
À la clôture du dialogue, Souleymane Diarrassouba, ministre du Plan et du Développement, représentant le Premier ministre Robert Beugré Mambé, a rappelé que plusieurs pays disposent déjà de stratégies nationales en matière de développement démographique.
La difficulté consiste désormais à passer des orientations aux réalisations. Chaque État devra s’approprier les engagements du Pacte et les intégrer dans ses politiques nationales, avec des objectifs précis et des mécanismes de suivi.
Le texte prévoit justement un dispositif transparent de suivi et de responsabilisation aux niveaux national et continental. Pour les populations, l’enjeu sera de voir ces engagements se traduire par un meilleur accès aux soins, une éducation de qualité, davantage d’emplois et des perspectives réelles pour les jeunes et les femmes.
L’adoption du Pacte d’Abidjan marque donc une étape dans la réflexion continentale. Sa réussite dépendra désormais de la capacité des États à lui donner une traduction concrète et durable.
Sonia Coulibaly
