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À l’issue de deux journées d’échanges stratégiques à Abidjan, la neuvième conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP) s’est achevée, mardi 19 mai 2026, sur un appel fort à l’unité africaine face aux défis croissants du numérique mondial. Dans son discours de clôture, le directeur général de l’Autorité de régulation de télécommunication/Tic de Côte d’Ivoire(ARTCI), Lakoun Ouattara, a plaidé pour une réponse africaine « coordonnée » afin de garantir la protection des données personnelles, la cybersécurité et la souveraineté numérique du continent.
Devant plusieurs ministres, régulateurs africains, experts du numérique et représentants d’autorités de protection des données venus de divers pays du continent, le patron de l’ARTCI a dressé un constat sans ambiguïté : la protection des données personnelles n’est plus un sujet secondaire de la transformation numérique africaine, mais l’un de ses piliers essentiels.
« Le temps des principes proclamés s’efface progressivement devant celui de l’effectivité », a insisté Lakoun Ouattara, évoquant la nécessité de passer désormais à des actions concrètes : contrôles renforcés, sanctions assumées, conformité documentée et protection effective des citoyens.
Dans un contexte marqué par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, des plateformes numériques mondiales, des transferts transfrontaliers de données et des cybermenaces, le directeur général de l’ARTCI a estimé qu’aucun État africain ne pouvait relever seul ces défis stratégiques.
« La réponse sera africaine, coordonnée, ou ne sera pas à la hauteur des enjeux », a-t-il martelé, résumant l’esprit qui a dominé les travaux de cette neuvième conférence du RAPDP organisée à Abidjan.
Le responsable ivoirien a également souligné le lien désormais indissociable entre protection des données personnelles, sécurité publique et cybersécurité. Saluant la présence du ministre ivoirien de l’Intérieur et de la Sécurité à l’ouverture des travaux, il a affirmé qu’à l’ère numérique, « protéger les données, c’est aussi protéger les personnes, les institutions et la souveraineté de l’État ».
Au-delà des déclarations de principe, l’ARTCI a profité de cette tribune continentale pour dévoiler plusieurs engagements opérationnels majeurs. L’autorité ivoirienne entend notamment moderniser ses procédures de traitement des plaintes afin de les rendre plus accessibles, rapides et transparentes pour les citoyens.
L’institution prévoit également d’accompagner davantage les administrations, entreprises et startups dans leurs obligations de conformité, grâce à des outils pratiques, une pédagogie réglementaire renforcée et un dialogue technique permanent avec les acteurs du secteur numérique.
Lakoun Ouattara, a aussi annoncé le renforcement de l’expertise de l’ARTCI sur les nouveaux enjeux technologiques, notamment l’intelligence artificielle, la biométrie, l’identité numérique, les transferts transfrontaliers de données et la cybersécurité.
Cette stratégie s’inscrit, selon lui, dans la feuille de route du nouveau Conseil de régulation de l’ARTCI récemment installé par le président ivoirien Alassane Ouattara, à qui il a adressé des remerciements pour « sa confiance renouvelée » envers l’institution.
Le directeur général de l’ARTCI a également salué le rôle du ministre ivoirien de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, ainsi que celui des autorités africaines de protection des données, des partenaires techniques et financiers et des médias ayant contribué à la réussite de cette rencontre continentale.
Au terme de cette conférence, Abidjan apparaît désormais comme l’un des centres majeurs de la réflexion africaine sur la gouvernance numérique et la souveraineté des données. Dans un monde où les données sont devenues un enjeu géopolitique, économique et sécuritaire de premier plan, les autorités africaines affichent désormais leur volonté de construire une doctrine commune capable de défendre les intérêts numériques du continent face aux géants technologiques mondiaux.
« La neuvième conférence du RAPDP s’achève, mais le travail commence », a conclu le directeur général de l’ARTCI, appelant les États africains à transformer les résolutions adoptées à Abidjan en actions concrètes et coordonnées sur le terrain.
La rencontre s’est officiellement refermée sur un double mot d’ordre devenu central dans les débats africains sur le numérique : « Vive la coopération africaine en matière de protection des données. Vive la souveraineté numérique africaine. »
Loba Perez
