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Dakar : face aux cryptoactifs, les banques centrales africaines sonnent l’alerte et exigent une riposte continentale coordonnée

ByÉquipe LeJourPile

Mai 11, 2026

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À Dakar, les gouverneurs de plusieurs banques centrales africaines ont lancé un message clair : l’Afrique ne pourra faire face seule aux défis des cryptoactifs, des innovations financières numériques et des cybermenaces. Réunis le 8 mai 2026 à l’occasion de la 3e édition de la conférence internationale de la BCEAO, ces décideurs monétaires ont plaidé pour une réponse collective, régionale et internationale afin de protéger la stabilité financière du continent.

Placée sous le thème : « Cryptoactifs et innovations numériques : opportunités et défis pour la stabilité monétaire et financière », cette rencontre stratégique a mis en lumière une conviction partagée : la révolution numérique financière est inévitable, mais son encadrement doit être rigoureux.

Les banques centrales africaines face à un défi mondial

Dans un secteur transfrontalier par nature, plusieurs gouverneurs ont souligné qu’aucun État, même technologiquement avancé, ne dispose seul des moyens nécessaires pour réguler efficacement les cryptoactifs.

Le gouverneur de la Banque centrale du Mozambique, Dr Rogério Lucas Zandamela, a insisté sur l’urgence d’une coopération renforcée entre :

  • banques centrales
  • organisations internationales
  • experts en cybersécurité
  • acteurs privés de la fintech

Pour lui, la sophistication croissante des actifs numériques et des cyberattaques impose une stratégie globale.

Une coopération internationale jugée indispensable

Même son de cloche du côté de São Tomé-et-Príncipe. Son gouverneur, Agostinho Quaresma dos Santos Afonso Fernandes, a défendu une coordination étroite entre institutions nationales, régulateurs sous-régionaux, structures de protection des données et organismes de lutte contre la cybercriminalité.

Son constat : l’Afrique dispose encore d’une fenêtre stratégique pour anticiper avant une adoption massive, mais ce délai doit être utilisé pour bâtir des garde-fous solides.

La confiance institutionnelle, pilier du système financier

Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a rappelé une ligne rouge essentielle : l’innovation ne peut se substituer à la confiance institutionnelle.

Selon lui, la mission fondamentale des banques centrales reste irremplaçable :

  • préserver la stabilité monétaire
  • protéger l’épargne
  • encadrer les nouveaux acteurs financiers
  • garantir la sécurité du système

Dans cette perspective, les cryptoactifs ne doivent pas fragiliser l’architecture financière existante.

BCEAO : vers une harmonisation régionale

Le gouverneur de la BCEAO, Dr Jean-Claude Kassi Brou, a pour sa part insisté sur l’importance d’un dialogue régional structuré.

L’objectif : construire progressivement une vision commune entre pays africains afin d’éviter les failles réglementaires, les asymétries de contrôle et les vulnérabilités systémiques.

Cette harmonisation apparaît désormais comme une priorité stratégique pour l’espace africain.

Au-delà de la technologie : un enjeu de souveraineté

Les responsables présents ont également rappelé que les cryptoactifs ne relèvent plus uniquement de l’innovation technologique.

Ils touchent désormais à des questions majeures :

  • gouvernance économique
  • souveraineté monétaire
  • protection des consommateurs
  • cybersécurité
  • lutte contre les inégalités financières

Former les régulateurs africains, une urgence stratégique

Tous les intervenants ont convergé sur un point : sans montée en puissance technique des régulateurs africains, le continent risque de subir plutôt que d’encadrer la transformation numérique.

Renforcement des compétences, veille technologique, coopération transfrontalière et adaptation juridique sont désormais perçus comme des priorités.

Une alerte stratégique pour l’Afrique

Depuis Dakar, le message est sans ambiguïté : la finance numérique peut être une opportunité pour l’inclusion et l’innovation, mais sans cadre collectif solide, elle pourrait aussi devenir une source majeure d’instabilité.

Face à la montée des cryptoactifs, les banques centrales africaines veulent donc éviter une fragmentation réglementaire et poser les bases d’une souveraineté financière numérique capable de protéger durablement les économies du continent.

Ljp